Du télétravail au nomadisme numérique : réalités plurielles du « travail à distance »

Claire Estagnasie
Bio: Claire Estagnasié est doctorante au département de communication publique et sociale de l’UQAM et membre du Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie (CIRST), du Laboratoire sur la communication et le numérique (LabCMO), ainsi que du Groupe de recherche sur la Communication organisante (ReCor). Ses intérêts de recherches portent sur les nouvelles pratiques du travail, les usages numériques et la communication organisationnelle.

Du télétravail au nomadisme numérique : réalités plurielles du « travail à distance »

Télétravail, « remote worker » ou « location independant »… Sous un même terme, le travail à distance rassemble des réalités distinctes. Dans le contexte actuel, l’objet change de perspective avec son passage à grande échelle suite à la crise de la Covid-19 (désormais 40% des salariés québécois), alors qu’auparavant, il était plutôt pratiqué occasionnellement au sein d’organisations proposant des modalités de travail flexibles. Aujourd’hui, le télétravail est envisagé comme un modèle dominant, notamment dans certains secteurs d’activité (nouvelles technologies, consultation) où l’on retrouve un nombre grandissant d’organisations dites « sans bureaux ». Qu’il soit un projet politique d’aménagement du territoire, de mode de vie, ou un projet managérial (Largier, 2001), le « télétravail évoque des réalités plurielles et distinctes selon les individus et organisations qui le pratiquent. Si le terme désigne habituellement les salariés qui travaillent hors du lieu principal de leur organisation de travail, de manière pendulaire, totale, mobile ou depuis des tiers-lieux (Vayre, 2019), les travailleurs indépendants sont parfois aussi inclus dans les études sur le travail à distance (Metzger et Cléach, 2004). De plus, les nomades numériques, ces individus qui profitent des possibilités offertes par les technologies numériques pour voyager tout en travaillant (Makimoto, 2013), s’inscrivent dans la mouvance du Work from Anywhere (WFA) plutôt que celle du Work from Home (WFH) distingué par Choudhury et collègues (2019). Toutefois, bien qu’incarnant des « figures contraires » du travail à distance, télétravailleur et nomades numériques partagent un point commun : la difficulté à établir des frontières entre sphères personnelles et professionnelles (Thompson, 2019), et le nécessaire « métatravail » de configuration de l’espace dédié au travail (Bonneau et Enel, 2018 ; Estagnasié et al., 2021).

Nous nous appuierons sur les données d’entretiens qualitatifs que nous avons mené avec 15 personnes travaillant à distance et appartenant à différents profils (télétravail à domicile, salarié ou autonome, mobile ou non) pour contribuer à mieux comprendre les différents vécus et pratiques du travail à distance en contexte pandémique.

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